Regards sur l'actualité

Quelle formation choisir quand on ne sait pas quels métiers recruteront demain ?

Vous devez choisir une formation.

Et forcément, une question revient :

Quels métiers vont recruter dans quelques années ?

La question est logique. Si vous vous engagez dans trois, quatre ou cinq années d’études, vous aimeriez savoir si votre diplôme vous permettra de trouver un emploi à la sortie.

Mais il y a un problème.

Si vous commencez vos études en 2026, vous pourriez arriver sur le marché du travail en 2030 ou 2031.

Quelles compétences les entreprises rechercheront-elles alors ? Quels métiers auront changé ? Lesquels seront moins demandés ? Quels nouveaux besoins seront apparus ? Et quelle place aura prise l’intelligence artificielle ?

Vous pouvez observer les tendances, regarder les secteurs qui recrutent et consulter les prévisions.

C’est utile.

Mais personne ne sait précisément à quoi ressemblera le marché du travail lorsque vous terminerez vos études.

Alors, comment choisir ?

Vous choisissez demain avec les informations d’aujourd’hui

Lorsque vous comparez des formations, vous allez probablement regarder leurs débouchés.

Quels métiers recrutent ? Que deviennent les diplômés ? Quelles compétences recherchent les entreprises ? Quels secteurs semblent offrir les meilleures perspectives ?

Ces informations sont importantes.

Mais elles ont une limite : elles décrivent principalement le marché du travail d’aujourd’hui ou celui des dernières années.

Or votre décision concerne le futur.

Il existe bien sûr des projections. Des organismes publics, des chercheurs et des entreprises essaient d’anticiper les besoins à venir. Elles permettent d’identifier de grandes tendances : vieillissement de la population, transition énergétique, développement de l’intelligence artificielle, besoins dans la santé ou nouvelles technologies.

Elles éclairent la décision.

Elles ne suppriment pas l’incertitude.

Une tendance n’est pas une certitude. Et une prévision n’est pas une promesse.

Le piège des « métiers d’avenir »

Vous avez probablement déjà vu ce genre de titres :

Les 10 métiers qui recruteront demain.

Les compétences indispensables en 2030.

Les emplois qui vont disparaître avec l’IA.

Ces informations ne sont pas forcément mauvaises. Le problème commence lorsqu’on leur demande de prédire précisément l’avenir.

Supposons qu’un secteur manque aujourd’hui fortement de spécialistes.

Les étudiants s’y intéressent. De nouvelles formations apparaissent. Davantage de diplômés arrivent progressivement sur le marché.

Quelques années plus tard, la pénurie peut avoir diminué.

Entre-temps, la technologie peut aussi avoir transformé le métier, la situation économique peut avoir changé ou les entreprises peuvent rechercher d’autres compétences.

Ce qui est rare aujourd’hui ne le sera pas nécessairement lorsque vous serez diplômé.

L’intelligence artificielle rend cette incertitude encore plus visible.

L’Organisation internationale du Travail estime qu’environ un emploi sur quatre dans le monde présente un certain degré d’exposition à l’intelligence artificielle générative. Mais ses travaux indiquent surtout que de nombreux métiers devraient être transformés plutôt que simplement supprimés.

C’est une distinction importante.

Le métier auquel vous pensez aujourd’hui pourrait très bien exister dans dix ans. Mais il pourrait ne plus s’exercer de la même manière.

Certaines tâches seront automatisées. D’autres apparaîtront. Certaines compétences aujourd’hui recherchées deviendront courantes, tandis que d’autres prendront davantage de valeur.

La question n’est donc plus seulement :

« Ce métier existera-t-il encore ? »

Mais aussi :

« À quoi ressemblera-t-il lorsque je commencerai à l’exercer ? »

Puisqu’on ne peut pas savoir, comment décider ?

Vous ne pouvez évidemment pas attendre 2031 pour observer les métiers qui recrutent et revenir cinq ans en arrière pour choisir la formation idéale.

Il faut décider aujourd’hui.

La question n’est donc pas de supprimer l’incertitude. C’est impossible.

Elle est de savoir comment prendre une décision malgré cette incertitude.

Et pour cela, il peut être utile de modifier légèrement la question.

Lorsque vous comparez deux formations, vous cherchez naturellement celle qui vous donnera les meilleures chances d’atteindre votre objectif.

Mais ajoutez-en une autre :

« Que se passe-t-il si je me trompe ? »

Si le métier évolue autrement que prévu ?

Si le secteur recrute moins ?

Si une technologie transforme les compétences demandées ?

Ou, tout simplement, si vous découvrez dans trois ans que ce métier ne vous intéresse plus ?

Il ne s’agit plus seulement de chercher la formation qui paraît aujourd’hui conduire au meilleur résultat.

Il faut aussi regarder ce qu’elle vous permettra de faire si ce résultat ne se produit pas.

Choisir une direction sans s’enfermer

Cela ne signifie pas qu’il faut choisir une formation vague ou refuser de se spécialiser.

Prenons l’exemple de l’intelligence artificielle.

Vous êtes attiré par ce domaine et vous pensez qu’il offrira de nombreuses possibilités professionnelles.

Vous pourriez choisir une formation très spécialisée, principalement centrée sur quelques technologies ou outils d’IA actuellement recherchés.

Ce choix peut être pertinent.

Mais il repose aussi sur une hypothèse : ces technologies et ces compétences auront toujours autant de valeur lorsque vous terminerez vos études.

Une autre possibilité consiste à acquérir d’abord des bases solides en informatique ou en mathématiques appliquées, puis à vous spécialiser progressivement en intelligence artificielle à travers des cours, des projets, des stages ou une spécialisation plus avancée.

Vous pouvez toujours travailler dans l’IA.

Mais si ce domaine évolue différemment de ce que vous aviez imaginé, vos compétences peuvent aussi être utilisées dans le développement logiciel, les données, la cybersécurité, les systèmes ou d’autres domaines technologiques.

C’est ce que l’on peut appeler un choix plus ouvert.

Il ne s’agit pas de refuser de choisir. Il s’agit d’éviter que toute votre trajectoire dépende d’une seule hypothèse sur l’avenir.

Ce raisonnement peut s’appliquer à beaucoup d’autres domaines.

Lorsque vous comparez des formations, regardez donc leurs débouchés, leur qualité, leur coût, leur contenu et ce que deviennent réellement les diplômés.

Mais regardez aussi les portes qu’elles laissent ouvertes.

Les compétences acquises pourront-elles servir dans plusieurs métiers ?

Pourrez-vous découvrir rapidement la réalité du travail grâce à des stages, des projets ou d’autres expériences professionnelles ?

Existe-t-il des passerelles vers d’autres parcours ?

Pourrez-vous changer de spécialisation ?

La formation vous apprend-elle seulement à maîtriser les outils actuels ou aussi à vous adapter lorsque ces outils changeront ?

La question devient alors :

« Si mon projet change, quelles possibilités me restera-t-il ? »

Le marché va changer. Mais vous aussi.

Il existe une autre incertitude que les prévisions sur les métiers prennent rarement en compte.

Dans cinq ans, le marché du travail aura changé.

Mais vous aussi.

À 18 ou 20 ans, vous pouvez avoir une idée très précise de ce que vous souhaitez faire.

Ou aucune.

Dans les deux cas, votre vision peut évoluer.

Vous allez rencontrer des personnes, découvrir des domaines que vous connaissez mal aujourd’hui, vivre vos premières expériences professionnelles et peut-être découvrir des capacités ou des intérêts que vous ne soupçonniez pas.

Vous pourriez aussi constater que le métier qui vous attirait ne ressemble pas vraiment à ce que vous imaginiez.

Ce n’est pas nécessairement la preuve que vous aviez mal choisi.

C’est une nouvelle information.

Et lorsqu’une nouvelle information importante apparaît, il est parfois rationnel de revoir une décision.

Votre premier choix n’a donc pas besoin de décider de toute votre vie.

Au lieu de chercher immédiatement une réponse définitive à :

« Qu’est-ce que je veux faire plus tard ? »

vous pouvez vous poser une question plus réaliste :

« Quelle direction me paraît intéressante aujourd’hui et me laissera suffisamment de possibilités si je veux en changer demain ? »

Alors, quelle formation choisir ?

Il serait pratique de terminer cet article avec une liste des formations qui recrutent, des métiers d’avenir ou des compétences qu’il faut absolument acquérir.

Mais ce serait précisément retomber dans le problème de départ.

Personne ne peut vous garantir que cette liste sera encore valable lorsque vous terminerez vos études.

Cela ne signifie pas que toutes les formations se valent ou qu’il faut choisir au hasard.

Au contraire.

Informez-vous. Comparez les programmes. Regardez les débouchés. Parlez avec des personnes qui exercent réellement les métiers qui vous intéressent. Cherchez à comprendre les transformations du marché du travail.

Mais ne demandez pas à ces informations une certitude qu’elles ne peuvent pas vous donner.

Et lorsque vous devrez finalement choisir, ajoutez une question aux autres :

« Si ce que j’imagine aujourd’hui de mon avenir ne se réalise pas, quelles possibilités cette formation me laissera-t-elle ? »

Le meilleur choix n’est peut-être pas celui qui promet le chemin le plus direct vers le métier qui semble aujourd’hui le plus porteur.

Ce peut être celui qui vous donne suffisamment de compétences pour avancer, suffisamment d’expérience pour confronter vos idées à la réalité et suffisamment de possibilités pour modifier votre trajectoire si le monde — ou vous-même — changez.

Car choisir une formation, ce n’est pas seulement choisir ce que vous aimeriez devenir.

C’est aussi choisir tout ce que vous pourrez encore décider de devenir.

À lire aussi

Autopsies décisionnelles

De Gaulle, 17 juin 1940 : décider quand presque tout est perdu

Le 17 juin 1940, de Gaulle fait un choix vertigineux : quitter la France et désobéir à l’autorité qui vient de prendre le pouvoir pour poursuivre une guerre que presque tout semble annoncer perdue. Il part pour Londres sans armée, sans territoire, sans véritable légitimité politique et sans savoir si des Français accepteront de le suivre. Rien ne lui garantit même qu’il pourra transformer son refus en force politique. Pourtant, il décide de continuer. Nous connaissons la suite, ce qui rend aujourd’hui son choix presque évident. Pour en mesurer la portée, il faut oublier un instant 1944 et revenir à cet instant où de Gaulle décide sans savoir si son choix le conduira dans l’Histoire… ou dans une impasse.

Fondamentaux

Nous reconnaissons souvent les décisions importantes trop tard

Et si la décision qui allait changer votre entreprise n’avait duré que dix minutes ? Un recrutement effectué dans l’urgence, un client inhabituel que l’on accepte, une exception commerciale accordée sans y penser, une solution « provisoire » qui finit par s’installer… Certaines décisions transforment durablement une organisation, un marché ou une trajectoire sans jamais avoir été considérées comme stratégiques au moment où elles ont été prises. Le véritable enjeu est peut-être là : comment reconnaître une décision importante avant que le temps ne nous révèle qu’elle l’était ?

Déclics

Une bonne décision peut produire un mauvais résultat

Nous jugeons souvent nos décisions à ce qu’elles ont produit : le succès nous donne raison, l’échec prouverait que nous nous sommes trompés. C’est pourtant une erreur. Une décision rigoureuse peut conduire à un mauvais résultat, tandis qu’un choix imprudent peut réussir par chance. Le véritable enjeu est ailleurs : savoir distinguer ce qui relevait de la qualité de notre décision de ce qui appartenait à l’incertitude. Car tirer la mauvaise leçon d’un succès ou d’un échec peut être plus dangereux encore que la décision elle-même.

Une situation à clarifier ?

Soumettez-la au cabinet en quelques minutes.

Soumettre une décision

Décrire votre situation